Parc national de l’Aspromonte : nature, sommets et villages
Derrière la Costa Viola, l’Aspromonte referme la Calabre : un massif compact qui monte de la mer à près de deux mille mètres en quelques dizaines de kilomètres, protégé depuis 1989 par un parc national et intégré depuis 2021 au réseau mondial des Géoparcs UNESCO.
Ce n’est pas une seule montagne. Il y a les hêtraies et les pinèdes d’altitude, les très larges lits de galets appelés fiumare qui descendent vers les deux mers, des monolithes de roche isolés dans les bois, des villages où l’on parle encore une langue d’origine grecque et Gambarie, qui l’hiver a ses pistes de ski à une demi-heure de la côte.
Depuis Reggio Calabria, une trentaine de kilomètres suffisent pour passer de la plage à la forêt. C’est pour cela que l’Aspromonte fonctionne comme la seconde moitié de vacances balnéaires, et non comme leur alternative.
Le parc national et le Géoparc UNESCO
Le parc national de l’Aspromonte est né avec la loi 305 de 1989 et son périmètre a été fixé définitivement par le décret de 1994 : c’était le sixième parc national créé en Italie. Il protège aujourd’hui un peu plus de 64 000 hectares sur le territoire de 37 communes, toutes dans la province de Reggio Calabria, du fond des fiumare jusqu’aux sommets.
En avril 2021, l’UNESCO a intégré le Géoparc de l’Aspromonte au réseau mondial des Global Geoparks. La reconnaissance porte sur le patrimoine géologique et sur le rapport entre roche, paysage et communautés qui y vivent : le massif est fait en grande partie de roches cristallines très anciennes, soulevées puis creusées par l’eau en terrasses, gorges et pinacles que l’on rencontre partout.
La même année, la hêtraie ancienne de Valle Infernale, une cinquantaine d’hectares entre 1 400 et 1 800 mètres au-dessus du torrent Bonamico, a rejoint le site sériel UNESCO des hêtraies primaires d’Europe. C’est la parcelle la plus méridionale de tout le réseau.
Le Montalto, les forêts et la faune
Le Montalto est le sommet du massif, 1 955 mètres, et l’on y accède en voiture presque jusqu’en haut. Au sommet se dresse la grande statue de bronze du Rédempteur, bras ouverts vers la mer Ionienne ; par temps clair, le regard embrasse à la fois la Tyrrhénienne, l’Ionienne, le détroit et le cône de l’Etna de l’autre côté de la mer.
Sous le sommet, la forêt change par étages. Au-dessus de 1 200 mètres dominent les hêtraies, souvent mêlées de sapin blanc, qui trouve ici l’une de ses stations les plus méridionales ; plus bas s’ouvrent les pinèdes de pin laricio, arbres très hauts à écorce en larges plaques.
C’est une forêt habitée. Le loup des Apennins est de nouveau installé sur tout le massif, l’aigle royal niche à nouveau sur les parois intérieures et le long des fiumare on voit le faucon pèlerin et le pic noir. Au printemps et à l’automne, le détroit canalise des milliers de rapaces en migration juste au-dessus du versant occidental.
Fiumare, cascades et monolithes
Les fiumare sont la forme que prend l’eau dans l’Aspromonte : des lits de galets larges parfois de plusieurs centaines de mètres, presque secs en juillet et violents après les pluies d’automne. L’Amendolea, le Bonamico, La Verde et le Careri descendent vers la mer Ionienne en creusant des vallées profondes ; sur le versant tyrrhénien, les torrents sont plus courts et plus raides et atteignent la mer en quelques kilomètres.
Là où le torrent rencontre un ressaut de roche naissent les cascades. Les Maesano, trois sauts sur le haut cours de l’Amendolea sur le territoire de Roccaforte del Greco, se rejoignent par une descente d’environ une heure depuis la zone du Menta, près de Gambarie.
Viennent ensuite les monolithes, blocs de roche isolés qui surgissent des bois autour de San Luca et de Natile. La Pietra Cappa est le plus grand et garde, avec la Pietra Lunga et la Pietra Castello, les traces des ermitages byzantins qui s’y étaient nichés.
Les villages et la culture gréco-calabraise
Sur le versant ionien de l’Aspromonte survit une minorité linguistique grecque. Le greko, ou grecanico, se parle encore dans une poignée de villages de la Bovesia : Bova, à 820 mètres, centre reconnu de la zone, puis Gallicianò, Roghudi, Roccaforte del Greco et Condofuri. À Bova, entrée dans le réseau des Borghi più belli d’Italia, le musée dédié au linguiste allemand Gerhard Rohlfs raconte l’histoire de ce parler.
Certains de ces villages ont été abandonnés après les inondations de 1951 et de 1971 puis reconstruits sur la côte. Roghudi Vecchio est resté vide sur son éperon, comme Pentedattilo, le village sous le rocher aux cinq doigts, que l’on visite aujourd’hui à pied.
Le versant tyrrhénien a un autre visage. Delianuova, Sant’Eufemia d’Aspromonte, Santa Cristina, Scido et Oppido Mamertina sont des bourgs agricoles entre oliveraies et châtaigneraies, presque tous reconstruits après le tremblement de terre de 1783, dont l’épicentre se trouvait ici même.
Sentiers et réseau de randonnée : Gambarie comme base
Gambarie d’Aspromonte, hameau de Santo Stefano in Aspromonte à environ 1 300 mètres, est le principal centre d’accueil du massif : hôtels, restaurants, magasins de matériel et les remontées vers le mont Scirocco, avec une dizaine de kilomètres de pistes sur cinq tracés.
Le réseau de sentiers du parc est vaste et en grande partie balisé. L’itinéraire le plus connu est le Sentiero del Brigante, environ 140 kilomètres de marche par étapes qui remontent depuis la place de Gambarie la ligne de crête jusqu’au parc des Serre, vers Serra San Bruno et Stilo. À côté, on trouve des boucles courtes autour des plateaux d’altitude, praticables avec des enfants, et des itinéraires plus longs vers le Montalto, Polsi et la Valle Infernale.
Garibaldi, le 29 août 1862, et le sanctuaire de Polsi
Le 29 août 1862, Giuseppe Garibaldi, débarqué à Melito cinq jours plus tôt avec ses volontaires et en route vers Rome, fut rejoint par les bersagliers du colonel Pallavicini dans la pinède au-dessus de Gambarie, sur le territoire de Sant’Eufemia d’Aspromonte. Blessé à la cuisse gauche et au pied droit, il ordonna aux siens de ne pas répondre au feu et fut fait prisonnier.
L’autre mémoire forte du massif est religieuse. Au fond de la vallée du Bonamico, à 865 mètres et au bout d’une route qui plonge dans la montagne, se dresse le sanctuaire de la Madonna della Montagna de Polsi, hameau de San Luca, fondé au XIIe siècle. La fête se tient du 31 août au 2 septembre et rassemble des pèlerins montés à pied de toute la province, avec des chants et des tambourins que l’on entend encore pendant la veillée.
Quand venir et comment arriver
L’été est la saison où l’Aspromonte sert le plus : alors que sur la côte le thermomètre s’emballe, à mille trois cents mètres il descend d’une dizaine de degrés et la forêt reste fraîche même à midi. L’automne est la saison des couleurs, des champignons et des châtaignes, l’hiver apporte la neige au-dessus de 1 300 mètres et remplit Gambarie le week-end, le printemps est le meilleur moment pour marcher, quand les fiumare coulent encore et que les genêts fleurissent.
En voiture depuis Reggio Calabria, on quitte l’A2 à Gallico et l’on monte par la SS 184 : trente kilomètres jusqu’à Gambarie, un peu plus d’une demi-heure. Depuis la Costa Viola, on sort à Bagnara Calabra et l’on monte par Sant’Eufemia d’Aspromonte, tandis que le versant ionien se rejoint depuis la SS 106 en remontant les fiumare.
L’aéroport de Reggio Calabria est à une quarantaine de kilomètres de Gambarie, celui de Lamezia Terme à environ 140.
Que voir aux alentours
On parcourt le massif secteur par secteur, et chacun a son point d’appui. Sur le versant tyrrhénien, Delianuova et Sant’Eufemia d’Aspromonte se trouvent sur la route qui monte aux plateaux de Carmelia ; un peu plus au nord, Oppido Mamertina conserve le musée diocésain d’art sacré et le plan régulier selon lequel elle fut reconstruite après 1783, tandis que Cittanova possède la villa comunale Carlo Ruggiero, trois hectares d’arbres monumentaux aménagés en 1880 et reconnus monument national.
Vers le détroit, Reggio Calabria est la porte d’entrée naturelle, avec les Bronzes de Riace et le front de mer, et de là part la route des villages gréco-calabrais. Une heure de voiture suffit pour descendre de la montagne à la Costa Viola, entre Scilla, Bagnara et Palmi : la façon la plus simple d’alterner forêt et mer dans la même semaine.
Où dormir : maisons de vacances entre Aspromonte et Costa Viola
Ce qui est bien dans cette partie de la Calabre, c’est de pouvoir mettre la mer et la montagne dans la même journée : le matin sur la plage de la Costa Viola, l’après-midi dans les bois au-dessus de mille mètres. Une maison de vacances entre Palmi, Bagnara et l’arrière-pays est la base la plus pratique, avec la liberté de cuisiner, de rentrer tard et d’organiser tes journées comme tu veux.
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Questions fréquentes sur l’Aspromonte
Quelle est l’altitude de l’Aspromonte ?
Le sommet du massif est le Montalto, 1 955 mètres, avec la statue de bronze du Rédempteur au sommet et la vue sur les deux mers.
Quand le parc national de l’Aspromonte a-t-il été créé ?
Par la loi de 1989, suivie du décret de délimitation de 1994. Il protège un peu plus de 64 000 hectares dans 37 communes de la province de Reggio Calabria.
L’Aspromonte est-il reconnu par l’UNESCO ?
Oui, de deux façons : depuis avril 2021 le Géoparc de l’Aspromonte fait partie du réseau des Global Geoparks, et la hêtraie ancienne de Valle Infernale est inscrite au site sériel des hêtraies primaires d’Europe.
À quelle distance se trouve Gambarie de Reggio Calabria ?
Trente kilomètres par la SS 184, un peu plus d’une demi-heure de voiture depuis la sortie d’autoroute de Gallico.
Peut-on skier dans l’Aspromonte ?
Oui. À Gambarie, les remontées montent vers le mont Scirocco, avec une dizaine de kilomètres de pistes au-dessus de 1 300 mètres, ouvertes en période d’enneigement.