La bergamote de Reggio de Calabre : la saison de la récolte et la filière

De novembre à mars, le long de la bande côtière qui descend de Villa San Giovanni jusqu'à la mer Ionienne, la bergamote se récolte à la main, fruit par fruit : ce qui compte, c'est l'intégrité de la peau, où se trouvent les glandes de l'essence, on ne secoue donc pas l'arbre et on n'arrache pas le fruit. Durant la même période, les peleuses des établissements travaillent le fruit à l'eau seule, à froid, sans chaleur ni solvants. L'hiver, saison morte pour les plages de la Costa Viola, est le seul moment de l'année où cette filière peut vraiment se voir à l'œuvre.

Cette page raconte ce qui fait de la bergamote de Reggio un cas à part : une appellation européenne qui protège l'huile essentielle et non le fruit, une technique d'extraction qui a traversé trois siècles, de l'éponge à la centrifugeuse, une indication géographique sur le fruit frais encore à l'examen à Bruxelles, et un itinéraire, la Via del Bergamotto, pensé spécialement pour l'hiver. C'est aussi une page qui trace une frontière : la bande de la bergamote ne touche la Costa Viola qu'à Scilla et Villa San Giovanni, et n'atteint ni Bagnara, ni Palmi, ni la plaine de Gioia Tauro.

Novembre-mars : la saison de la cueillette à la main

Le moment de la récolte est décidé par la couleur : dès que la peau vire du vert au jaune, le fruit est prêt, et à partir de là, on procède à la main, fruit par fruit, car toute pression mal faite abîme les glandes de l'essence, logées dans la peau elle-même. Parmi les trois variétés admises par le cahier des charges, la maturation est échelonnée : le Femminello, aux fruits petits et lisses, ouvre la saison fin octobre, le Castagnaro, plus vigoureux et rugueux, suit en novembre, et le Fantastico, qui représente à lui seul environ les trois quarts de la production, clôt la récolte entre novembre et décembre. La transformation de la récolte se poursuit ensuite jusqu'en mars.

Le cahier des charges de l'AOP fixe aussi les limites de la culture : pas plus de 450 plants à l'hectare, une production qui ne dépasse pas 400 quintaux à l'hectare, et un rendement en huile essentielle compris entre 350 et 750 grammes par quintal de fruits travaillés. Ce sont des chiffres qui décrivent une culture intensive mais non industrielle, où le rendement en essence reste faible par rapport au volume de fruits récoltés à la main.

Une AOP qui protège l'huile essentielle, pas le fruit

L'appellation européenne de la bergamote de Reggio est, en un sens, inversée par rapport à celle de nombreux autres produits : elle ne protège pas le fruit, mais l'huile essentielle qui en est tirée. L'AOP Bergamotto di Reggio Calabria - Olio essenziale a été reconnue par le règlement CE n° 509/2001 du 15 mars 2001 et figure aujourd'hui au registre européen eAmbrosia sous le code DOP-IT-0105, parmi les huiles essentielles. Le cahier des charges la réserve à l'huile extraite à froid du fruit du Citrus bergamia Risso, et seulement des variétés Femminello, Castagnaro et Fantastico.

La zone de production est une bande côtière qui appartient entièrement à la province de Reggio de Calabre : elle part du versant tyrrhénien, contourne la pointe de la Botte et se poursuit sur l'Ionienne sur plus d'une centaine de kilomètres, de Villa San Giovanni à Monasterace. Elle ne touche la Costa Viola qu'à Scilla et Villa San Giovanni, et de là la bande se poursuit dans l'arrière-pays voisin de Campo Calabro, Fiumara et Calanna : elle n'atteint ni Bagnara Calabra, ni Palmi, ni la plaine de Gioia Tauro, qui restent hors du cahier des charges. Malgré des tentatives en Sicile, en Espagne, en Côte d'Ivoire, en Californie et jusque dans les îles Comores, hors de cette bande la bergamote n'a jamais donné de résultats comparables.

De l'éponge à la peleuse : trois siècles d'extraction

Pendant des siècles, l'essence a été extraite à la main par la méthode de la sfumatura : la peau était pliée et pressée contre une éponge naturelle, qui absorbait l'huile libérée et était ensuite essorée. Le premier saut technique survient en 1844, lorsque Nicola Barillà, avec le perfectionnement de Luigi Altieri, brevette la fameuse macchina calabrese, récompensée par le royaume des Deux-Siciles ; en 1875, un mécanisme plus précis mis au point par Gàngemi remporte le concours du consortium agricole de Reggio.

Aujourd'hui, l'extraction se fait avec des peleuses qui travaillent le fruit à l'eau seule, sous pression et nébulisée : pas de chaleur, pas de solvants. Il se forme une émulsion d'eau et d'huile, ensuite séparée par centrifugation, et le résultat est un liquide limpide, allant du vert au vert-jaunâtre. C'est une essence qui, dans les parfums, tient la note plus de 24 heures, contre 3-4 heures pour les fixateurs synthétiques. Le soutien technique de cette filière a une date précise : en 1918 naît à Reggio de Calabre la Stazione Sperimentale per le Industrie delle Essenze e dei derivati dagli Agrumi, aujourd'hui Azienda Speciale de la Chambre de commerce, qui a longtemps aussi joué le rôle d'organisme public de contrôle de l'AOP.

L'essence dans la haute parfumerie

L'huile de bergamote est une note de tête classique en parfumerie, ainsi qu'un harmonisant qui tient ensemble le reste du bouquet aromatique ; elle est aussi utilisée dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique, tandis que dans le domaine alimentaire son usage le plus connu reste l'aromatisation du thé Earl Grey. Le lien entre la bergamote de Reggio et la parfumerie naît indirectement de l'eau de Cologne : c'est l'émigré Gian Paolo Feminis, installé à Cologne, qui mit au point l'aqua mirabilis à l'origine du parfum, et c'est le succès de ce produit qui poussa, vers le milieu du XVIIIe siècle, les premières plantations de bergamotiers dans les jardins des familles aisées de Reggio.

Aujourd'hui, selon un reportage du Sole 24 Ore, environ 80% de la production prend encore le chemin de la parfumerie : le président du Consorzio di Tutela, Ezio Pizzi, raconte que pour un flacon Chanel, deux gouttes d'essence de Reggio suffisent, et le maître parfumeur François Demachy s'approvisionne dans la zone de San Carlo di Condofuri. C'est ce même Consorzio, constitué en 2007 et reconnu par décret ministériel du 13 mars 2014, qui a son siège justement à Condofuri, via Rodinò 11.

L’IGP du fruit frais, une procédure encore en cours

Le paradoxe de l'AOP est qu'elle protège l'huile mais laisse de côté le fruit frais, qui aujourd'hui ne bénéficie d'aucune protection européenne propre. La démarche pour combler ce vide est en cours : par le décret prot. n° 58665 du 6 février 2026, le ministère de l'Agriculture a clos la phase nationale et transmis à la Commission européenne, via le registre eAmbrosia et en application du règlement (UE) 2024/1143, la demande d'enregistrement de l'IGP Bergamotto di Reggio Calabria, qui concernerait le fruit et ses dérivés alimentaires. La procédure à Bruxelles est encore en cours, et pour l'instant l'indication n'est pas enregistrée.

Le fruit fait aussi l'objet d'une recherche scientifique indépendante du dossier européen : dans le jus ont été isolés deux glycosides flavonoïdes, la brutiéridine et la mélitidine, décrits comme des analogues structurels des statines et introuvables chez d'autres agrumes. Les études sur le profil lipidique, coordonnées en Calabre par le groupe de Vincenzo Mollace à l'université Magna Graecia de Catanzaro, restent pour l'instant de la littérature de recherche : on en parle ici comme d'une recherche en cours, pas comme d'un bienfait garanti.

Le Musée de la bergamote et la Via del Bergamotto en hiver

À Reggio de Calabre, via Filippini 50, un espace aménagé dans l'ancien marché couvert abrite le Musée de la bergamote, confié à l'Accademia Internazionale del Bergamotto : il expose des machines d'extraction allant des pressoirs du XVIIIe siècle aux premières machines à vapeur du XIXe jusqu'aux moteurs électriques du début du XXe siècle, ainsi que des documents d'archives et des photographies. Il figure parmi les points d'intérêt du Parc National de l'Aspromonte, propose des ateliers pratiques de parfumerie et de cuisine, et la visite doit être convenue sur rendez-vous.

En février 2026, la Chambre de commerce de Reggio de Calabre, avec la collaboration technique d'ISNART, a présenté La Via del Bergamotto, le premier itinéraire touristique dédié à l'agrume : cinq jours et quatre nuits entre Reggio, l'Area Grecanica, la côte ionienne, la Locride, l'arrière-pays et la Costa Viola, avec visites d'exploitations, ateliers et dégustations. La période indiquée comme optimale est justement novembre-mars, celle de la récolte et de la transformation : les deux fêtes consacrées à la bergamote, le BergaFest à Reggio et la Festa della Zagara à Pellaro, tombent au contraire en été, quand il n'y a aucun travail à voir dans les bergamoteraies.

Que voir dans les environs

La bande de la bergamote ne frôle la Costa Viola qu'à son extrémité nord, à Scilla et Villa San Giovanni, et de là, la culture se poursuit vers le sud le long du détroit et de l'Area Grecanica : c'est sur ce tronçon, et non plus au nord vers Bagnara ou la plaine, qu'une journée consacrée à la bergamote d'hiver prend son sens. Villa San Giovanni reste aussi le point d'embarquement des ferries vers la Sicile, et d'ici la côte descend vers Reggio de Calabre, où le Musée de la bergamote est l'étape la plus directe.

Qui poursuit vers l'arrière-pays grécanique, dans la même zone touchée par la Via del Bergamotto, trouve les villages de Pentedattilo et Bova et, en revenant vers la ville, les Bronzes de Riace au Musée archéologique : un itinéraire d'hiver qui alterne la côte, les bergamoteraies en pleine récolte et les pierres d'un arrière-pays qui, l'été, reste plus à l'écart.

Où dormir : maisons de vacances sur la Costa Viola

Nos maisons de vacances se trouvent sur la Costa Viola, entre Bagnara Calabra, Scilla et Palmi : de là, la bande de la bergamote et le tronçon qui monte vers Reggio de Calabre et l'Area Grecanica sont à une poignée de kilomètres, parcourables en une journée même durant les mois d'hiver de la récolte. Depuis Scilla, où le cahier des charges de l'AOP touche déjà la côte, il suffit de quelques minutes pour entrer sur le territoire de la bergamote.

C'est une base pratique justement pendant la saison morte pour la mer : les logements restent ouverts, les villages de la Costa Viola sont tranquilles et sans la foule d'août, et d'ici on organise sans difficulté une journée qui comprend le Musée de la bergamote, un tronçon de la Via del Bergamotto et une promenade à Reggio de Calabre.

Questions fréquentes sur la bergamote de Reggio de Calabre

Quand récolte-t-on la bergamote ? De novembre à mars, à la main, dès que la peau vire du vert au jaune ; le gros de la récolte tombe entre novembre et décembre, avec le Fantastico, la variété la plus répandue.

Pourquoi la bergamote est-elle une AOP si l'appellation ne protège pas le fruit ? Parce que le cahier des charges protège uniquement l'huile essentielle extraite à froid, reconnue AOP en 2001 ; le fruit frais n'a pas encore de protection européenne propre.

Qu'est-ce que l'IGP dont on parle depuis 2026 ? C'est la demande d'enregistrement du fruit frais et de ses dérivés alimentaires, qui en février 2026 a franchi la phase nationale et est désormais examinée par la Commission européenne ; la procédure n'est pas encore close.

Où peut-on voir la bergamote en hiver ? Dans les bergamoteraies de la bande côtière entre Villa San Giovanni et l'Ionienne, au Musée de la bergamote de Reggio de Calabre, ou en suivant un tronçon de la Via del Bergamotto, l'itinéraire de la Chambre de commerce pensé pour les mois de récolte.

La bergamote pousse-t-elle aussi sur la Costa Viola ou dans la plaine de Gioia Tauro ? Seulement en partie : le cahier des charges inclut Scilla et Villa San Giovanni, mais n'atteint ni Bagnara Calabra, ni Palmi, ni la plaine de Gioia Tauro, qui restent hors de la zone AOP.

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