Observation des oiseaux sur le détroit de Messine : la grande migration des rapaces
Chaque printemps, le détroit de Messine devient l’un des plus grands spectacles naturels de la Méditerranée. Des dizaines de milliers de rapaces de retour d’Afrique resserrent leur front de vol précisément ici, là où la Calabre et la Sicile se touchent presque, pour franchir le bras de mer le plus court. Depuis les hauteurs de la Costa Viola et de l’Aspromonte, au-dessus de Scilla et des villages tournés vers la mer, on peut observer des bondrées, des circaètes, des milans et bien d’autres espèces défiler par centaines dans le ciel.
Nul besoin de matériel compliqué : des jumelles, de la patience et un bon belvédère suffisent pour assister à l’un des flux migratoires les plus concentrés d’Europe. Ce guide présente les espèces vedettes, les meilleures périodes et les points d’où lever les yeux, dans un paysage où la montagne plonge dans la mer et où le détroit sert de décor.
La grande migration et les espèces vedettes
Le détroit de Messine est l’une des portes de l’Europe pour les rapaces qui, au printemps, quittent leurs quartiers d’hivernage africains pour rejoindre les aires de nidification du continent. Pour éviter de longues traversées en pleine mer, ces espèces planent en exploitant les ascendances thermiques au-dessus des terres et recherchent les passages les plus étroits : le détroit, large de quelques milles, en fait partie. La vedette incontestée est la bondrée apivore (Pernis apivorus), qui passe surtout entre la seconde moitié d’avril et mai, parfois en grands groupes. S’y ajoutent le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), grand aigle au vol lent et en vol stationnaire, ainsi que le milan noir, le busard des roseaux, les busards et d’autres rapaces plus petits. Les observer prendre de la hauteur en spirale puis glisser vers la Sicile, ou au contraire aborder la côte calabraise, est une expérience marquante.
Où et quand observer les rapaces
La période idéale est le printemps, en gros d’avril à la mi-mai, lorsque le passage des rapaces atteint son apogée ; un transit plus modeste a aussi lieu en automne. Les meilleurs postes d’observation se trouvent sur les hauteurs derrière la Costa Viola, entre Scilla, les Piani della Corona et les premiers contreforts de l’Aspromonte, où l’altitude permet d’observer les rapaces à hauteur des yeux tandis qu’ils remontent de la mer. Les matinées sont souvent les heures les plus favorables, quand le soleil réchauffe les versants et que se forment les ascendances que les oiseaux utilisent pour prendre de la hauteur. Mieux vaut s’équiper de jumelles (et, si l’on veut, d’une longue-vue), de vêtements en couches, d’eau, d’un chapeau et d’une protection solaire, car l’observation demande du temps et de l’attention. Respecte toujours les lieux et les animaux : garde tes distances, ne dérange pas les oiseaux en vol et suis les indications des éventuels camps d’observation organisés.
Nature et paysage entre Costa Viola et Aspromonte
Une partie du charme de l’observation des oiseaux sur le détroit tient au théâtre naturel qui l’accueille. Ici, l’Aspromonte descend à pic vers la mer Tyrrhénienne et dessine la Costa Viola, où les versants plantés de vignes et d’oliviers plongent dans la mer en parois rocheuses et petites plages difficiles d’accès. Le regard embrasse la Sicile, la silhouette de l’Etna et, par temps clair, les îles Éoliennes à l’horizon. En montant vers l’intérieur, les bois et les pâturages de l’Aspromonte offrent des habitats précieux pour de nombreuses espèces nicheuses et une fraîcheur qui tranche avec la côte. Une journée consacrée aux rapaces s’accorde naturellement avec la découverte des villages tournés vers la mer, des sentiers panoramiques et de la cuisine du terroir, faite de poisson du détroit, de légumes de coteau et de produits de l’arrière-pays. C’est une manière lente et authentique de vivre la Calabre, où nature, paysage et ciel se rejoignent au-dessus de l’un des passages les plus fascinants de la Méditerranée.