Les 10 meilleurs restaurants de l'Aspromonte et de son arrière-pays

L'Aspromonte n'est pas seulement une montagne : c'est une table. Du massif qui s'élève de la mer jusqu'à près de deux mille mètres, puis descend vers les villages perchés de son arrière-pays, ce coin de Calabre garde une cuisine faite de forêts et de pâturages, de stoccafisso (morue séchée de Norvège) et de funghi porcini (cèpes), de capra (chèvre), de porc et de fromages au goût d'herbes sauvages. Ici, une étoile Michelin cohabite avec des osterie (auberges typiques) de village primées par Slow Food et le Gambero Rosso, et chaque plat raconte une histoire de famille, de saisons et de terroir. Nous avons choisi dix restaurants — des sommets de Gambarie aux villages de la Locride, de Santa Cristina à Cardeto, de Taurianova à Polistena — où savourer l'Aspromonte le plus authentique. Dix adresses différentes par l'âme et par le prix, mais unies par la même chose : l'envie de vous faire quitter la table heureux, le vrai goût de la montagne encore en bouche. Voici où aller, et pourquoi.

Qafiz, Santa Cristina d'Aspromonte — l'étoile Michelin qui cueille la montagne

On commence par le sommet, par l'unique étoile Michelin de l'Aspromonte. À Santa Cristina d'Aspromonte, parmi les oliviers centenaires et les forêts qui montent vers Oppido Mamertina, le chef Nino Rossi a transformé une villa du XVIIIe siècle — voûtes en berceau, briques anciennes, pierre verte de Delianuova — en son Qafiz. Ici, on dîne à une table de quelques couverts ouverte sur la cuisine, comme dans un rituel : herbes sauvages, champignons, racines et porc de montagne racontent l'Aspromonte le plus indompté à travers une technique d'une extrême finesse. Le menu dégustation change au rythme des saisons et de la forêt, et des plats comme « Molto dopo l'incendio » (Bien après l'incendie), né après les feux de 2021, font de chaque service un morceau de terroir. Ce n'est pas seulement un restaurant : c'est un voyage dans l'âme verte de la montagne, à réserver à l'avance et à savourer sans hâte.

Il Tipico Calabrese, Cardeto — l'osteria-musée des Grecs d'Aspromonte

Sur les monts qui regardent le Stretto (le détroit de Messine), à Cardeto, au cœur des Grecs d'Aspromonte et à deux pas de Reggio Calabria, il est une osteria qui est aussi un musée. Il Tipico Calabrese conserve, à côté des tables, les outils de la civilisation paysanne et pastorale, et fait revivre en cuisine les recettes les plus anciennes de la montagne : tout naît dans le potager familial et dans les pâturages alentour. On débute par une planche de charcuteries et de formaggi di capra (fromages de chèvre), on poursuit avec les gnocchi à la crème de noix, les maccheroni au ragù d'agneau, les braciole et les involtini farcis de caciocavallo (fromage à pâte filée affiné) et d'éclats de pistache. Portions généreuses, prix honnêtes, la chaleur d'une maison : rien d'étonnant à ce que la Chiocciola de Slow Food, la distinction des meilleures osterie d'Italie, accompagne cette table depuis des années. Ici, on mange la mémoire, et l'on comprend d'où vient le goût de l'Aspromonte.

Il Bucaneve, Gambarie — le refuge des porcini au cœur de la montagne

À Gambarie, la petite capitale du ski de l'Aspromonte que l'on atteint en montant depuis Sant'Eufemia d'Aspromonte, Il Bucaneve est le restaurant que beaucoup désignent comme « le meilleur de la montagne de Reggio ». Bois, pierre, grandes baies vitrées sur la forêt et une cheminée allumée au centre de la salle : l'atmosphère est celle du refuge élégant. À table, c'est le porcino (cèpe) qui commande, protagoniste absolu : pappardelle artisanales de semoule moulue à la pierre, raviolis frais farcis de porcini et de ricotta d'Aspromonte à la crème de noix, risottos et tagliate parfumées de sous-bois. À côté, les charcuteries du terroir — capocollo de Calabre (échine de porc affinée) et 'nduja (saucisse épicée à tartiner) — les pecorini de montagne et le gibier. Quand la brume descend dehors et que le feu s'allume dedans, le Bucaneve est l'endroit rêvé pour goûter l'automne aspromontain.

Il Ritrovo dei Picari, Grotteria — l'osteria des champignons sauvages

En descendant sur le versant ionien, parmi les forêts qui, depuis le valico della Limina, regardent Cittanova et la Locride, Grotteria cache l'une des osterie les plus aimées de l'Aspromonte. Il Ritrovo dei Picari, des frères Zavaglia, compte peu de tables et une âme de famille : on réserve et l'on se laisse guider. La spécialité, ce sont les champignons sauvages — récoltés en de nombreuses variétés et cuisinés selon des recettes transmises de génération en génération — qui culminent dans une pappardella aux porcini, crémeuse et inoubliable. Arrivent d'abord des antipasti riches et en circuit ultra-court, puis les viandes grillées et les produits maison. C'est la cuisine de la montagne dans sa forme la plus sincère, celle qui a valu aux Picari la Chiocciola de Slow Food, distinction des osterie qui défendent le terroir dans l'assiette.

'A Piazzetta, Mammola — le temple du stocco d'Aspromonte

À Mammola, village qui, sur le versant ionien de l'Aspromonte, a fait du stoccafisso une religion, 'A Piazzetta est l'adresse pour en comprendre la raison. Ici, le stocco de Mammola — le stoccafisso (morue séchée) qui renaît moelleux et blanc dans les eaux de source de la montagne — est servi sous toutes ses formes : « alla mammolese » avec pommes de terre, poivrons et olives, à la plancha, aux champignons, en salade. Cosimo et Francesca apportent aussi à table les pâtes maison, les légumes de saison, les vins du terroir et les desserts de tradition. La maison fait partie du Consorzio dello Stocco di Mammola, gardien de cette spécialité unique au monde. Cittanova, tournée vers le valico della Limina, est la porte idéale pour rejoindre ce coin vert et gourmand de la montagne.

Osteria Zero, Taurianova — la jeune cuisine qui vaut le voyage

Au cœur de Taurianova, dans la Piana au pied de l'Aspromonte, deux jeunes chefs rentrés au pays après des expériences dans la haute gastronomie ont ouvert l'une des tables les plus intéressantes de Calabre. À l'Osteria Zero, Martino Latella et Rocco Bonanno réinterprètent le garde-manger calabrais avec une technique contemporaine et un grand respect des légumes et des saisons : menus dégustation surprenants, assiettes nettes et pleines de saveur, produits du terroir sublimés sans fioritures. Le Gambero Rosso l'a récompensée du « visage souriant » du meilleur rapport qualité-prix et Identità Golose l'a classée parmi « la Calabre qui vaut le voyage ». Une osteria moderne, chaleureuse et ambitieuse, où l'Aspromonte regarde devant lui sans oublier ses racines.

Do' Priuri, Antonimina — la trattoria de famille dans l'ancien moulin à huile

Dans l'arrière-pays ionien de l'Aspromonte, à Antonimina, la famille Pelle a aménagé dans un ancien frantoio (moulin à huile) — trois niveaux avec terrasse panoramique entre les monts et la mer lointaine — l'une des trattorie les plus authentiques de la montagne : Do' Priuri. On commence par le célèbre antipasto de la maison — fromages, charcuteries et fritures à volonté — et l'on poursuit avec les maccheroni faits main au sugo de capra (ragù de chèvre), le capretto (chevreau) au four, les boulettes et les grillades de porc, en portions généreuses et à prix d'ami. Le grand final, c'est la glace artisanale maison, véritable fleuron. Signalée par le Gambero Rosso, Do' Priuri, c'est la Calabre paysanne et généreuse dans sa forme la plus authentique. Sur l'autre versant du massif, Cittanova est un excellent point de départ pour explorer cet arrière-pays.

Donna Nela, Polistena — l'enoteca-restaurant aux mille vins

Dans le centre historique de Polistena, au sein d'un palais patricien du XVIIIe siècle donnant sur la place des nobles, Donna Nela marie la cuisine du terroir à l'une des cartes des vins les plus riches de l'arrière-pays. Née en 2002 sous l'impulsion de Giampiero et Erika, c'est une enoteca-restaurant (bar à vins-restaurant) dotée d'une cave climatisée qui abrite plus de cinq cents étiquettes, entre grands rouges calabrais, bulles et spiritueux. En cuisine, des plats locaux et des viandes de qualité, pensés pour accompagner le verre idéal. C'est l'adresse parfaite pour un dîner soigné, où le verre compte autant que l'assiette, et pour découvrir tout ce que savent raconter les vins de cette terre au pied de l'Aspromonte.

Hostaria Scialapopulu, Sant'Alessio in Aspromonte — la cucina povera qui conquiert

On termine dans l'un des villages tournés vers le Stretto, à Sant'Alessio in Aspromonte, au-dessus de Reggio Calabria. Ici, l'Hostaria Scialapopulu a remis à table la « cucina povera » (cuisine paysanne du peu) de la civilisation paysanne aspromontaine avec une sincérité telle qu'elle est entrée, comme nouvelle venue, parmi les Osterie d'Italia 2025 de Slow Food. Des plats simples et vrais, liés aux saisons et aux traditions du pays, des produits du terroir et aucune fioriture : c'est le pari gagné de ceux qui croient que le goût authentique de la montagne mérite d'être raconté. Une conclusion qui dit tout de ce guide : le meilleur de l'Aspromonte n'est pas le plus cher, mais le plus vrai.

La Collinetta, Martone — l'agneau dans l'argile de l'osteria qui résiste

Dans l'arrière-pays de la Locride, sur le versant ionien de l'Aspromonte, à Martone, au lieu-dit Colacà, La Collinetta est bien plus qu'une trattoria : c'est une histoire de courage. Ici la famille Trimboli — Giuseppe aux fourneaux, mamma Rosa veillant sur la tradition — cuisine depuis 1998 uniquement ce qui pousse dans sa propre ferme biologique, et est entrée dans la légende comme «l'osteria qui résiste à la 'ndrangheta», membre de la coopérative GOEL après avoir refusé de payer le pizzo (l'argent du racket). Dans l'assiette, la montagne la plus ancienne : les viandes cuites dans l'argile — le gigot d'agneau scellé dans la terre cuite, une technique dont les racines plongent dans la Grande-Grèce — les pâtes fraîches servies sur des tuiles de terre cuite, les tagliolini ai porcini (aux cèpes), les boulettes d'aubergine et des antipasti de saison à n'en plus finir. La Chiocciola de Slow Food, confirmée année après année, certifie ce que l'on comprend dès la première bouchée : ici, on défend un territoire, un plat à la fois. Cittanova, au-delà du valico della Limina (le col de la Limina), est le point de départ le plus commode pour rejoindre ce coin de la Locride.

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